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Absence de règles : comprendre les causes possibles chez les sportives d’endurance

Chez les sportives d’endurance, l’absence de règles peut signaler un manque d’énergie disponible ou une autre cause médicale à ne pas banaliser.

La rédaction My9tv 9 min de lecture
Absence de règles : comprendre les causes possibles chez les sportives d’endurance

Courir, pédaler, nager ou skier de longues heures peut modifier le cycle menstruel. Quand les règles disparaissent, beaucoup de sportives y voient un simple effet de l’entraînement, voire la conséquence inévitable d’un corps très entraîné. Pourtant, une aménorrhée mérite d’être prise au sérieux : elle peut refléter un déséquilibre entre les besoins du corps et les ressources réellement disponibles, mais aussi révéler une grossesse ou une affection sans lien direct avec le sport.

L’enjeu ne se limite ni au confort ni à la fertilité. Le cycle est un indicateur parmi d’autres de la santé hormonale et énergétique. Comprendre ce qui le perturbe permet de protéger la densité osseuse, la récupération, l’humeur et, à terme, la capacité à s’entraîner durablement. Une évaluation médicale est indispensable : il n’est ni prudent ni utile de s’autodiagnostiquer à partir de son volume d’entraînement ou de son poids.

À partir de quand parle-t-on réellement d’aménorrhée ?

L’aménorrhée désigne l’absence de menstruations. On distingue l’aménorrhée primaire, lorsqu’une jeune fille n’a pas encore eu ses premières règles à un âge où elles sont habituellement attendues, et l’aménorrhée secondaire, lorsque les règles s’interrompent après avoir déjà été présentes. En pratique, l’absence de règles pendant environ trois mois chez une personne jusque-là régulière, ou pendant environ six mois lorsque les cycles étaient déjà irréguliers, justifie une consultation.

Un cycle n’a pas besoin d’être parfaitement calé chaque mois pour être normal. Des décalages ponctuels peuvent survenir après une compétition, un voyage, une maladie aiguë, un changement d’horaires ou une période stressante. En revanche, l’absence répétée ou durable de saignements n’est pas à considérer comme un signe de bonne adaptation sportive.

Les saignements sous contraception ne renseignent pas toujours sur le cycle naturel

Certaines contraceptions hormonales, notamment celles à base de progestatif, peuvent réduire fortement les saignements ou les supprimer : cela peut être un effet attendu du traitement. À l’inverse, le saignement observé pendant une pause de pilule combinée est un saignement de privation hormonale ; il ne prouve pas à lui seul que l’ovulation ou l’équilibre énergétique sont normaux. Il ne faut pas arrêter, commencer ou modifier sa contraception sans en parler à un professionnel de santé.

Pourquoi l’endurance peut perturber les hormones du cycle

La cause la plus souvent évoquée chez les sportives d’endurance est une faible disponibilité énergétique. Ce terme désigne l’énergie qui reste à l’organisme après l’effort pour assurer toutes ses fonctions essentielles : maintien de la température corporelle, renouvellement osseux, immunité, digestion, sommeil, production hormonale et réparation musculaire. Si les apports alimentaires ne suivent pas durablement la dépense liée à l’entraînement, le corps peut réduire certaines fonctions qu’il juge moins prioritaires à court terme, dont la fonction reproductive.

Ce phénomène ne concerne pas uniquement les athlètes très minces ni celles qui cherchent volontairement à perdre du poids. Il peut apparaître chez une sportive de tout gabarit, avec un poids stable, après une hausse de kilométrage, des doubles séances, une restriction alimentaire involontaire, des repas sautés ou une mauvaise stratégie de ravitaillement. L’enchaînement travail, vie familiale, entraînement et sommeil insuffisant peut encore aggraver le déficit.

Le rôle de l’hypothalamus et de l’axe hormonal

L’hypothalamus, une zone du cerveau impliquée dans la régulation hormonale, est sensible aux signaux d’énergie disponible et de stress. En situation de manque prolongé, il peut ralentir la stimulation hormonale qui commande l’activité des ovaires. La production d’œstrogènes diminue alors, l’ovulation devient irrégulière ou s’arrête, et les règles peuvent disparaître. On parle souvent d’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle lorsque cette situation est retenue après avoir écarté les autres causes médicales.

Le RED-S : une vision plus large que le seul cycle

Le concept de déficit énergétique relatif dans le sport, souvent appelé RED-S, décrit les conséquences possibles d’un manque d’énergie disponible chez les personnes sportives. Chez les femmes, les troubles menstruels en constituent un signal important, mais ils peuvent s’accompagner de fatigue persistante, récupération difficile, irritabilité, sensation de froid, baisse de libido, infections répétées, troubles digestifs ou blessures plus fréquentes. Ces manifestations varient d’une personne à l’autre et aucune, prise seule, ne permet de poser un diagnostic.

Situations fréquentes pouvant favoriser une aménorrhée chez une sportive d’endurance
SituationMécanisme possibleIndices à repérerRéponse utile
Hausse rapide du volume ou de l’intensitéDépense énergétique supérieure aux apports et récupération insuffisanteFatigue inhabituelle, performances instables, douleurs de surchargeRéévaluer la charge, les jours de repos et l’alimentation autour des séances
Restriction volontaire ou involontaireApports insuffisants en énergie, glucides, lipides ou repas réguliersRepas sautés, peur de certains aliments, faim marquée en soiréeConsulter un diététicien formé à la nutrition sportive et un médecin
Stress psychologique et manque de sommeilPerturbation des régulations neurohormonales et de la récupérationAnxiété, sommeil fragmenté, pression de résultat, épuisementAlléger temporairement les contraintes et rechercher un soutien adapté
Contraception hormonaleSuppression des saignements parfois attendue selon la méthodeChangement de cycle après l’instauration du traitementVérifier avec le prescripteur ce qui est attendu et écarter une grossesse

D’autres causes médicales doivent être recherchées

Attribuer automatiquement l’absence de règles au sport expose à passer à côté d’un problème traitable. L’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle est un diagnostic d’exclusion : un professionnel doit d’abord analyser le contexte et, si besoin, prescrire des examens ciblés. La liste des causes possibles est large, mais plusieurs situations reviennent régulièrement.

  • Grossesse, y compris lorsqu’une contraception est utilisée ou que les cycles étaient déjà irréguliers.
  • Syndrome des ovaires polykystiques, qui peut associer cycles espacés, acné, pilosité plus marquée ou difficultés d’ovulation, sans que tous ces signes soient obligatoires.
  • Troubles de la thyroïde ou excès de prolactine, susceptibles d’influencer le cycle et parfois associés à d’autres symptômes généraux.
  • Insuffisance ovarienne prématurée ou transition vers la ménopause selon l’âge et l’histoire personnelle.
  • Maladies chroniques, troubles digestifs avec malabsorption, certains médicaments ou une perte de poids importante liée à une cause non sportive.
  • Troubles du comportement alimentaire, qui peuvent exister sans maigreur apparente et demandent une prise en charge médicale et psychologique sans jugement.

Le stress émotionnel peut également participer à l’interruption des cycles. Il ne s’oppose pas aux causes nutritionnelles ou physiques : une préparation de course exigeante, une blessure, des préoccupations professionnelles et un sommeil écourté peuvent se cumuler. C’est précisément pourquoi l’évaluation doit considérer la personne dans son ensemble, et non seulement son nombre de kilomètres hebdomadaires.

Pourquoi il ne faut pas laisser durer : os, blessures et santé globale

Lorsque l’aménorrhée s’accompagne d’une baisse durable des œstrogènes et d’un manque d’énergie disponible, le renouvellement osseux peut être affecté. Les os deviennent alors plus vulnérables, en particulier pendant les années où la masse osseuse se construit encore. Chez une sportive qui multiplie les impacts, cette fragilité peut favoriser les douleurs osseuses et les fractures de fatigue, notamment au pied, au tibia, au bassin ou à la hanche.

Les conséquences peuvent aussi concerner la qualité de la récupération, les défenses immunitaires, la concentration, l’humeur, la fonction sexuelle ou la santé cardiovasculaire à long terme. La relation n’est jamais mécanique : toutes les sportives aménorrhéiques n’auront pas les mêmes complications. Mais attendre le retour spontané des règles sans corriger la cause peut prolonger l’exposition au risque.

Comment se déroule le bilan médical

Le point de départ peut être le médecin traitant, un gynécologue, une sage-femme selon la situation, ou un médecin du sport travaillant en lien avec ces professionnels. Le but n’est pas de juger les habitudes de la sportive ni de lui retirer le sport, mais d’identifier les causes et de bâtir un plan réaliste. Une consultation préparée avec les dates des dernières règles, les changements d’entraînement et les traitements en cours fait gagner du temps.

  • L’histoire des cycles, des éventuelles grossesses, de la contraception et des symptômes associés.
  • L’évolution récente de l’entraînement : volume, intensité, compétitions, blessures, jours sans sport et niveau de fatigue.
  • Les habitudes alimentaires, le ravitaillement pendant les longues séances, les variations de poids et le rapport à l’alimentation.
  • Le sommeil, le stress, la santé mentale et les antécédents personnels ou familiaux pertinents.
  • Un examen clinique et, selon le contexte, un test de grossesse, des analyses sanguines hormonales ou thyroïdiennes, ainsi qu’une échographie pelvienne.
  • Une évaluation de la santé osseuse lorsque l’aménorrhée se prolonge, en présence de fractures de fatigue ou d’autres facteurs de risque.

Les examens ne sont pas identiques pour toutes. Leur interprétation dépend notamment de l’âge, de la contraception, de la régularité antérieure des cycles et de la date du dernier saignement. Il vaut mieux éviter les bilans hormonaux commandés au hasard ou les compléments pris pour « relancer » les règles : ils peuvent retarder une prise en charge adaptée.

Retrouver un équilibre sans sacrifier sa pratique sportive

Lorsque la faible disponibilité énergétique est en cause, l’objectif central est de restaurer durablement les ressources dont le corps a besoin. Cela passe souvent par des apports plus réguliers et plus importants, un meilleur ravitaillement avant, pendant et après les efforts prolongés, ainsi que par une réduction ou une réorganisation temporaire de la charge. La stratégie exacte dépend du niveau de risque, des symptômes, de la saison sportive et de l’état de santé : elle doit être individualisée.

  1. 01
    Prendre rendez-vous et documenter la situation

    Notez les dates de règles, les changements de cycle, les séances réalisées, les blessures, la fatigue et les médicaments ou contraceptions utilisés. Faites un test de grossesse si cela est possible, puis consultez.

  2. 02
    Réduire les contraintes les plus à risque

    Avec l’équipe soignante ou l’entraîneur, évitez d’ajouter des séances, des compétitions ou un objectif de perte de poids tant que la situation n’est pas clarifiée. En cas de douleur osseuse ou de fatigue majeure, l’adaptation peut devoir être plus nette.

  3. 03
    Réparer la disponibilité énergétique

    Répartissez les apports sur la journée et ne laissez pas les longues séances se faire systématiquement à jeun ou sous-alimentée. Les glucides soutiennent l’effort et la récupération ; les protéines, les lipides et la diversité alimentaire restent également indispensables.

  4. 04
    S’entourer si l’alimentation devient source d’anxiété

    Un diététicien formé à la nutrition sportive peut adapter les apports aux contraintes de terrain. En cas de restriction, de compulsions, de peur de prendre du poids ou de détresse psychique, un accompagnement spécialisé est une composante du soin, pas un échec.

  5. 05
    Suivre l’évolution sur la durée

    Le retour des cycles peut prendre du temps et ne suit pas une échéance identique pour toutes. Le suivi médical sert à vérifier l’évolution des symptômes, de la santé osseuse et de l’entraînement plutôt qu’à se fier uniquement à la réapparition d’un saignement.

La pilule ou un autre traitement hormonal peut avoir une place dans certaines situations médicales, mais il ne remplace pas la correction d’un déficit énergétique lorsqu’il existe. Provoquer ou masquer un saignement ne suffit pas nécessairement à restaurer la santé osseuse ou la récupération. La décision thérapeutique doit donc être discutée avec le professionnel qui suit l’aménorrhée, en tenant compte à la fois du besoin contraceptif et de la cause identifiée.

Questions fréquentes

L’absence de règles est-elle normale quand on fait beaucoup d’endurance ?+

Non, elle ne doit pas être banalisée comme un signe d’entraînement réussi. Une charge sportive élevée peut y contribuer, notamment par manque d’énergie disponible, mais une grossesse et d’autres causes médicales doivent être éliminées. Une aménorrhée persistante justifie une consultation.

Peut-on avoir une aménorrhée liée au sport avec un IMC ou un poids considéré comme normal ?+

Oui. Le problème peut venir de l’écart entre les apports, les dépenses et les besoins de récupération, pas seulement d’un poids faible. Une sportive peut avoir un poids stable, manger des repas équilibrés en apparence et manquer malgré tout d’énergie à certains moments clés de la journée.

Dois-je arrêter tout sport jusqu’au retour de mes règles ?+

Pas systématiquement. La nécessité de réduire, modifier ou interrompre provisoirement l’entraînement dépend de votre état général, des blessures, de la santé osseuse et de la cause retrouvée. En cas de suspicion de fracture de fatigue, de fatigue sévère ou de trouble alimentaire, l’avis médical rapide est particulièrement important.

La pilule peut-elle faire revenir mes règles et régler le problème ?+

Elle peut provoquer des saignements de privation selon le schéma utilisé, mais ceux-ci ne prouvent pas que l’ovulation ni l’équilibre énergétique sont restaurés. Elle peut être indiquée pour la contraception ou d’autres raisons, mais elle ne doit pas masquer la recherche de la cause de l’aménorrhée.

Combien de temps faut-il pour retrouver un cycle régulier ?+

Il n’existe pas de délai universel. Le retour dépend de la durée du déséquilibre, de la disponibilité énergétique, de la charge d’entraînement, du stress et des éventuelles causes médicales associées. Il peut demander plusieurs semaines ou davantage, d’où l’intérêt d’un suivi régulier plutôt que d’une attente isolée.

Une aménorrhée peut-elle affecter la fertilité plus tard ?+

Lorsqu’elle est liée à une absence d’ovulation, elle peut réduire temporairement les chances de conception. Dans de nombreux cas, la fonction ovulatoire peut reprendre une fois la cause traitée, mais il ne faut pas attendre un projet de grossesse pour consulter. L’évaluation précoce protège aussi la santé osseuse et globale.

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