Famille & Éducation

Comment traiter les élèves ayant des troubles spécifiques de l’apprentissage ?

Repérer les besoins, adapter la classe et travailler avec les familles : une méthode concrète pour accompagner les élèves avec troubles des apprentissages.

La rédaction My9tv 10 min de lecture
Comment traiter les élèves ayant des troubles spécifiques de l’apprentissage ?

Lire lentement, confondre des sons, peiner à copier, perdre le fil d’une consigne longue ou ne pas automatiser certains calculs ne disent rien, à eux seuls, de l’intelligence ni de la volonté d’un élève. Lorsqu’elles sont durables et entravent nettement les apprentissages malgré des aides ordinaires, ces difficultés peuvent évoquer un trouble spécifique des apprentissages. À l’école, la priorité n’est pas de « traiter » l’enfant, mais de lever les obstacles qui l’empêchent de montrer ce qu’il comprend et sait faire.

Un accompagnement utile associe observation rigoureuse, pédagogie explicite, ajustements concrets, dialogue avec la famille et, lorsque nécessaire, professionnels de santé et équipe éducative. L’objectif reste ambitieux : permettre à l’élève d’apprendre avec les autres, d’acquérir progressivement de l’autonomie et de préserver une confiance souvent fragilisée par les échecs répétés.

Comprendre les troubles sans enfermer l’élève dans une étiquette

L’expression « troubles dys » recouvre des réalités diverses. Une dyslexie affecte principalement l’identification des mots et la fluidité de lecture ; une dysorthographie touche l’orthographe ; une dysgraphie peut rendre l’écriture manuscrite lente, coûteuse ou peu lisible ; une dyscalculie concerne certaines acquisitions numériques et le calcul. D’autres difficultés, notamment de coordination motrice, de langage oral ou d’attention, peuvent coexister et modifier les besoins en classe.

Les manifestations varient selon l’âge, les disciplines, la fatigue, les stratégies déjà acquises et l’environnement. Un même élève peut très bien raisonner à l’oral et être en grande difficulté face à une copie longue ; un autre comprend un problème mais ne parvient pas à en extraire les données utiles. Il faut donc partir du fonctionnement réel de l’élève, et non appliquer une recette liée à une étiquette.

Des signaux à observer avec méthode

  • Des erreurs récurrentes et inhabituelles pour le niveau attendu, malgré des explications et des entraînements variés.
  • Un écart marqué entre ce que l’élève peut expliquer oralement et ce qu’il produit à l’écrit.
  • Une lenteur très importante pour lire, recopier, écrire ou traiter une évaluation, avec une fatigue visible.
  • Des difficultés à mémoriser certaines correspondances, procédures ou séquences, alors que d’autres notions sont comprises.
  • Des comportements d’évitement : refus de lire à voix haute, pages inachevées, agitation ou retrait au moment de tâches ciblées.
  • Une souffrance scolaire, une perte de confiance ou des plaintes physiques répétées à l’approche de certaines activités.

Mettre en place une réponse coordonnée dès les premières difficultés

Il n’est pas nécessaire d’attendre un diagnostic pour rendre la classe plus accessible. Des adaptations pédagogiques simples peuvent être essayées rapidement, puis évaluées. En parallèle, lorsque les difficultés persistent ou sont importantes, l’école échange avec la famille afin de comprendre le parcours de l’enfant et de l’orienter vers les interlocuteurs adaptés. La qualité des informations partagées compte davantage que la multiplication des réunions.

  1. 01
    Décrire les difficultés de façon factuelle

    Conservez quelques exemples datés : type de tâche, durée nécessaire, erreurs observées, aide fournie et résultat. Préférez « lit 45 mots en dix minutes et perd le sens du texte » à « ne fait aucun effort ».

  2. 02
    Identifier ce qui fonctionne déjà

    Repérez les appuis : oral, schémas, manipulation, binôme, lecture par un adulte, ordinateur, temps supplémentaire. Ils orienteront les premières adaptations.

  3. 03
    Échanger avec l’élève et sa famille

    Présentez les observations sans jugement. Demandez ce qui est déjà mis en place, les suivis éventuels et l’accord de l’enfant sur les aides visibles en classe. La famille reste libre de ses informations médicales.

  4. 04
    Mobiliser l’équipe éducative

    Selon l’organisation de l’établissement, le professeur principal, le directeur, le psychologue de l’Éducation nationale, le médecin ou l’infirmier scolaire peuvent aider à préciser les besoins et le cadre d’accompagnement.

  5. 05
    Tester, mesurer, ajuster

    Fixez deux ou trois objectifs concrets sur une période limitée : terminer une consigne en deux étapes, produire un paragraphe avec dictée vocale, comprendre un problème lu à voix haute. Gardez les aides qui apportent un gain réel et modifiez les autres.

Choisir le bon cadre scolaire : aide ordinaire, PPRE, PAP ou PPS

Les dispositifs français n’ont pas le même rôle. Ils peuvent se succéder ou se compléter selon l’évolution de l’élève, mais ils ne doivent pas devenir des formulaires sans effets concrets. Le document choisi doit surtout préciser les obstacles, les adaptations, les responsables de leur mise en œuvre et les modalités de révision.

Les principaux cadres d’accompagnement à l’école
CadrePour quelle situation ?Ce qu’il organisePoint de vigilance
Adaptations pédagogiques ordinairesDifficultés repérées, ponctuelles ou en cours d’observationAides de classe immédiates : consignes, supports, temps, étayageLes noter brièvement pour assurer une continuité entre adultes
PPRERisque de ne pas maîtriser certaines connaissances ou compétences attenduesProgramme ciblé avec objectifs limités, actions et bilanIl ne remplace pas un accompagnement durable lié à un trouble reconnu
PAPTroubles des apprentissages durables nécessitant des aménagements pédagogiquesPlan d’accompagnement personnalisé, élaboré avec l’établissement et la famille dans le cadre prévuPrévoir des mesures réalisables par les enseignants, révisées si besoin
PPSSituation de handicap reconnue par les instances compétentesProjet personnalisé de scolarisation et mesures décidées dans ce cadre, avec coordination dédiéeUne aide humaine ou du matériel spécifique ne sont pas automatiques : ils dépendent des décisions notifiées

Le PAP est fréquemment mobilisé pour des troubles spécifiques des apprentissages documentés ; il formalise des aménagements pédagogiques durables. Le PPS relève d’une démarche auprès de la maison départementale des personnes handicapées et des décisions correspondantes. Quant au PPRE, il peut être pertinent pour une difficulté ciblée d’acquisition, mais ne constitue pas une réponse suffisante à un trouble durable. En cas de doute, l’équipe de direction et les professionnels de l’Éducation nationale peuvent orienter la famille vers la procédure appropriée.

Adapter l’enseignement sans diminuer les ambitions

Une adaptation pertinente répond à une barrière identifiée. Si l’objectif est de vérifier la compréhension d’un texte, imposer une lecture silencieuse longue à un élève dont le décodage est très laborieux peut fausser l’évaluation. Lire le texte à voix haute, fournir un enregistrement ou utiliser une synthèse vocale peut alors permettre d’évaluer la compréhension plutôt que la vitesse de lecture. En revanche, si l’objectif porte précisément sur le décodage, il faut l’évaluer avec un support adapté et des critères explicites.

Rendre les consignes et les supports accessibles

  • Donner une consigne à la fois, à l’oral et à l’écrit lorsque c’est utile ; faire reformuler sans mettre l’élève en défaut.
  • Employer des phrases courtes, des verbes d’action précis et présenter un exemple du résultat attendu.
  • Aérer les documents : police lisible, taille suffisante, interlignes confortables, informations essentielles visuellement hiérarchisées.
  • Éviter les feuilles surchargées et fournir les leçons ou tableaux complexes imprimés ou numériquement plutôt que de faire tout recopier.
  • Découper une tâche longue en étapes visibles, avec un repère de temps et une vérification intermédiaire.
  • Autoriser des outils déjà enseignés : tableau de sons, table de multiplication, fiche méthode, frise chronologique ou lexique disciplinaire.

Adapter la participation et la production

La participation ne se limite pas à lever la main vite ou à lire devant toute la classe. L’élève peut préparer une réponse, utiliser une ardoise, enregistrer un court oral, travailler en binôme ou remettre une production numérique. Pour une écriture très coûteuse, l’ordinateur, la prédiction de mots, la dictée vocale ou un correcteur peuvent être de véritables outils de compensation, à condition d’être entraînés en dehors des contrôles. Un outil non maîtrisé augmente le stress au lieu d’aider.

Compenser une difficulté ou abaisser l’objectif : une différence essentielle

Compenser pour accéder à l’apprentissage

  • Faire lire l’énoncé si l’on évalue le raisonnement mathématique.
  • Accepter une réponse orale quand l’objectif porte sur les connaissances.
  • Fournir un plan, un lexique ou une trame pour soutenir l’organisation.
  • Accorder un temps supplémentaire lorsque la lenteur est documentée.

Abaisser l’exigence sans nécessité

  • Supprimer systématiquement les notions difficiles au lieu d’enseigner des stratégies.
  • Noter l’orthographe dans une tâche évaluant uniquement une notion de sciences sans l’annoncer.
  • Faire à la place de l’élève au point de l’empêcher de progresser.
  • Conclure qu’il ne peut pas apprendre parce qu’il produit moins vite.

Évaluer de manière juste et utiliser les outils numériques avec discernement

L’équité ne consiste pas à donner exactement les mêmes modalités à tous, mais à permettre à chacun d’accéder à l’objectif évalué. Des évaluations plus courtes, fractionnées, annoncées à l’avance, avec une mise en page stable et des critères visibles réduisent fortement la charge cognitive. Lorsque c’est cohérent avec l’objectif et le cadre prévu, on peut proposer du temps majoré, une lecture des consignes, moins de copie, une réponse à l’oral, une évaluation sur ordinateur ou une correction dissociant fond et forme.

Les outils numériques ne sont pas une solution universelle. La synthèse vocale aide à accéder à un texte ; la reconnaissance vocale peut faciliter une production écrite ; un scanner ou un document numérique évite de retaper ; un logiciel de traitement de texte peut améliorer la lisibilité. Mais il faut vérifier la compatibilité avec les habitudes de l’élève, la sécurité des données, l’accès au matériel et les règles applicables lors des examens. Toute aide technique doit être enseignée, réglée et utilisée régulièrement avant de devenir un appui fiable.

  1. Préparer un format d’évaluation stable, connu à l’avance.
  2. Présenter les critères de réussite et, si besoin, un exemple de réponse attendue.
  3. Réduire les doubles tâches inutiles : recopier un énoncé, décoder un long texte et résoudre un problème en même temps.
  4. Prévoir une modalité de restitution compatible avec l’objectif : oral, schéma, réponses courtes, fichier numérique.
  5. Faire un retour précis sur les progrès et sur la stratégie employée, pas seulement sur la note.

Préserver l’estime de soi et installer un suivi qui évolue

Les troubles des apprentissages exposent certains élèves à une succession de remarques, de comparaisons et de tâches vécues comme humiliantes. Un climat sécurisant est donc une condition d’efficacité pédagogique. Valoriser l’effort ne veut pas dire féliciter indistinctement : il s’agit de nommer un progrès observable, comme l’usage autonome d’une fiche méthode, la relecture d’une phrase ou la persévérance dans une tâche autrefois évitée.

Évitez de contraindre un élève à lire à voix haute sans préparation, de le désigner comme assistant de classe pour copier, ou de commenter ses aménagements devant les autres. Proposez plutôt des choix discrets et prévisibles. L’élève doit aussi apprendre à connaître ses besoins : demander la reformulation d’une consigne, ouvrir son outil de lecture, vérifier son matériel, signaler une fatigue. Cette autonomie se construit graduellement, sans le laisser seul face à la difficulté.

Les erreurs à éviter pour une inclusion réellement utile

  • Attendre un diagnostic formel avant d’aménager les supports et les consignes.
  • Appliquer automatiquement la même liste d’aides à tous les élèves ayant un trouble similaire.
  • Réduire l’élève à ses difficultés et oublier ses centres d’intérêt, ses réussites et ses compétences orales ou créatives.
  • Multiplier les documents, les exercices ou les intervenants sans coordonner les objectifs.
  • Confondre temps supplémentaire et aide suffisante : une tâche inaccessible le reste, même plus longue.
  • Négliger la continuité entre niveaux, remplaçants, vie scolaire et enseignants de disciplines différentes.
  • Faire reposer toute l’inclusion sur une seule personne alors que l’équipe entière doit connaître les adaptations utiles.

Accompagner un élève avec un trouble spécifique des apprentissages ne relève ni d’un passe-droit ni d’une pédagogie à part. C’est une démarche professionnelle : identifier les obstacles, clarifier les attentes, proposer des compensations proportionnées, observer leurs effets et faire évoluer les pratiques. Bien menées, ces adaptations rendent l’école plus lisible et plus exigeante pour tous.

Questions fréquentes

Un enseignant peut-il dire à des parents que leur enfant est dyslexique ?+

Non. L’enseignant peut signaler des difficultés durables et décrire précisément les situations observées, mais il ne pose pas de diagnostic. Il peut conseiller à la famille d’échanger avec le médecin qui suit l’enfant ou avec les professionnels de l’Éducation nationale afin d’envisager une évaluation adaptée.

Faut-il attendre un PAP pour accorder du temps supplémentaire ou fournir un support aéré ?+

Non, des adaptations pédagogiques ordinaires peuvent être mises en place dès qu’un besoin est repéré. Le PAP sert à formaliser et pérenniser les aménagements lorsque les difficultés sont durables. Dans tous les cas, il est préférable de garder une trace des aides testées et de leur efficacité.

Un élève avec des troubles des apprentissages doit-il toujours utiliser un ordinateur ?+

Pas nécessairement. L’ordinateur est utile lorsqu’il compense un obstacle concret, par exemple une écriture manuscrite très lente ou illisible, et lorsque l’élève sait vraiment s’en servir. Selon les besoins, une fiche méthode, un support imprimé, un outil de lecture ou une réponse orale peuvent être plus pertinents.

Comment noter l’orthographe d’un élève dysorthographique ?+

Tout dépend de l’objectif annoncé. Si l’évaluation porte sur les accords, l’orthographe doit être travaillée et évaluée avec des critères adaptés ; si elle porte sur une notion d’histoire ou de sciences, il peut être plus juste de dissocier la qualité des connaissances de la forme orthographique. Les modalités prévues dans l’accompagnement de l’élève doivent être appliquées de façon cohérente.

Le PPS donne-t-il automatiquement droit à une AESH ?+

Non. Le PPS organise la scolarisation dans le cadre des décisions prises par les instances compétentes, mais l’attribution d’une aide humaine dépend d’une évaluation des besoins et d’une décision spécifique. De nombreux aménagements pédagogiques peuvent par ailleurs être mis en œuvre par l’équipe enseignante sans aide humaine individuelle.

Que faire si l’élève refuse les aménagements proposés ?+

Il faut chercher la raison du refus : peur d’être remarqué, outil mal maîtrisé, aide vécue comme stigmatisante ou simplement peu utile. Discutez avec l’élève et sa famille, testez une modalité plus discrète et expliquez clairement son intérêt. L’objectif est de construire une aide acceptable et efficace, non d’imposer un dispositif.

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