Tech & Numérique
Exploring Underwater Intricacies: Utilising Drones to Assess Marine Ecosystem Impact from Dike Construction
Les drones sous-marins permettent de mesurer, comparer et limiter les effets d’une digue sur les fonds, les sédiments et les habitats marins.
Construire ou renforcer une digue peut protéger un littoral, un port ou une zone habitée contre la submersion et l’érosion. Mais un ouvrage posé sur le rivage ou dans l’eau modifie aussi un milieu vivant : il peut redistribuer les courants, déplacer les sédiments, fragmenter des habitats ou changer la qualité de l’eau à proximité. Évaluer ces effets ne consiste donc pas à filmer le fond marin une fois les travaux terminés : il faut suivre un écosystème dans le temps, avec des observations comparables.
Les drones sous-marins, principalement les ROV pilotés depuis la surface et les véhicules autonomes, apportent une réponse opérationnelle à cette surveillance. Caméras, éclairage, sonars et capteurs embarqués permettent de documenter des secteurs difficiles d’accès sans exposer systématiquement des plongeurs. Leur intérêt est réel à une condition : les intégrer à un protocole scientifique et réglementaire rigoureux, depuis l’état initial jusqu’au suivi à long terme.
Pourquoi une digue peut transformer l’écosystème marin
Une digue n’agit pas seulement à l’endroit où ses enrochements ou ses parois touchent le fond. Elle devient un obstacle physique qui modifie la circulation de l’eau et l’énergie des vagues. Les conséquences varient énormément selon la géométrie de l’ouvrage, la profondeur, le régime des marées, la nature des sédiments et la sensibilité biologique du site.
Les effets directs à surveiller
- Destruction ou recouvrement d’habitats : l’emprise des travaux peut affecter herbiers, fonds sableux, récifs, zones rocheuses, frayères ou abris utilisés par la faune.
- Mise en suspension des sédiments : dragage, battage, dépôts de matériaux et circulation des engins augmentent parfois la turbidité. Une eau chargée réduit la lumière disponible et peut recouvrir des organismes fixés.
- Érosion et accumulation localisées : l’ouvrage peut accélérer le courant à certains endroits et provoquer un affouillement du pied de digue, tout en favorisant ailleurs le dépôt de particules.
- Bruit, vibrations et présence humaine : selon les techniques de chantier, ces perturbations peuvent gêner temporairement poissons, mammifères marins ou espèces sensibles au bruit.
- Création d’un nouvel habitat artificiel : les blocs peuvent être colonisés par des algues et des invertébrés. Cette colonisation ne compense pas automatiquement la perte d’un habitat naturel ; elle doit être interprétée dans son contexte.
Une échelle d’observation plus large que le chantier
Le suivi doit couvrir l’emprise de la digue, mais aussi ses abords et des zones éloignées servant de référence. Sans zone témoin comparable, il est difficile de distinguer ce qui relève réellement des travaux de ce qui provient des saisons, d’une tempête, d’un épisode de crue ou d’une variation naturelle de la visibilité. La question centrale n’est pas seulement “que voit-on ?”, mais “qu’est-ce qui a changé par rapport à une situation comparable ?”.
ROV, AUV et capteurs : choisir le bon outil de mesure
Sous l’expression “drone sous-marin”, on regroupe des équipements aux usages très différents. Le ROV, ou véhicule téléopéré, reste relié à la surface par un câble : un opérateur le dirige et visualise les images en direct. Le véhicule autonome suit pour sa part une mission programmée, sans pilotage continu. Des dispositifs hybrides existent, mais la technologie ne doit jamais être choisie avant les objectifs de suivi.
| Solution | Usages les plus adaptés | Atouts | Limites à anticiper |
|---|---|---|---|
| ROV filoguidé | Inspection d’enrochements, observation fine, contrôle d’un point précis, vérification pendant les travaux | Image en direct, trajectoire ajustable, bonne précision près de l’ouvrage | Câble sensible aux obstacles et au courant ; rayon d’action dépendant de la logistique de surface |
| Véhicule autonome | Cartographie répétée de grandes zones, transects réguliers, relevés bathymétriques ou sonar | Couverture plus étendue et itinéraires très reproductibles | Préparation exigeante ; intervention plus difficile en cas d’imprévu ou de visibilité dégradée |
| Drone de surface avec capteurs | Mesures en surface, repérage, relais de positionnement, suivi de panaches visibles | Mise en œuvre souvent légère et complément utile aux plongées | Ne décrit pas directement les habitats et les fonds |
| Plongeur scientifique | Identification biologique fine, prélèvement ciblé, vérification d’images ambiguës | Observation experte au plus près du milieu | Temps d’immersion, profondeur, sécurité et conditions de mer limitants |
ROV piloté ou véhicule autonome : deux logiques complémentaires
✓ROV : voir et décider en direct
- Particulièrement pertinent pour inspecter les joints, pieds de digue, cavités et zones d’affouillement.
- L’opérateur peut s’arrêter, cadrer un organisme, refaire un passage ou signaler immédiatement une anomalie.
- Il convient bien aux phases de chantier où les conditions et les priorités évoluent rapidement.
✕Véhicule autonome : répéter et cartographier
- Particulièrement adapté aux transects longs et aux campagnes répétées sur une surface étendue.
- Il facilite la comparaison temporelle quand les routes, l’altitude et les capteurs sont strictement stabilisés.
- Il demande une planification plus poussée et des marges de sécurité face au trafic maritime, au relief et au courant.
Les capteurs qui rendent les images interprétables
La vidéo seule est rarement suffisante. Une caméra haute définition et des éclairages adaptés documentent l’état visuel des habitats, à condition que l’eau soit assez claire. Un sonar est souvent plus utile lorsque la visibilité chute ; il aide à relever la topographie, les blocs, les objets immergés ou la structure du fond. Des sondes peuvent enregistrer température, salinité, profondeur et turbidité. Les paramètres réellement nécessaires dépendent des hypothèses à tester : un suivi d’herbier n’a pas les mêmes besoins qu’un contrôle d’affouillement sous une digue.
Construire un protocole fiable avant, pendant et après les travaux
Le meilleur drone ne corrigera pas un suivi conçu trop tard. Avant toute mission, le maître d’ouvrage, les écologues, les ingénieurs, les opérateurs et les autorités compétentes doivent définir les enjeux écologiques, les indicateurs, les zones de référence, les seuils d’alerte éventuels et les décisions à prendre si un impact est constaté. Les données doivent servir à orienter le chantier, pas seulement à alimenter un rapport final.
- 01 1. Définir les questions écologiques
Lister les habitats et espèces potentiellement concernés, les effets redoutés et les paramètres mesurables. Par exemple : recul d’un herbier, extension d’un dépôt sédimentaire, apparition d’un affouillement ou augmentation durable de la turbidité.
- 02 2. Réaliser un état initial robuste
Cartographier les fonds, photographier les habitats et relever les paramètres physiques avant le chantier. Les relevés doivent inclure la future emprise, ses abords et une ou plusieurs zones témoins comparables.
- 03 3. Standardiser les transects
Fixer des itinéraires, profondeurs, altitudes de caméra, vitesses de déplacement et réglages de capteurs cohérents. Répéter un transect identique vaut souvent mieux que multiplier des images spectaculaires mais impossibles à comparer.
- 04 4. Suivre les phases sensibles du chantier
Programmer des inspections avant, pendant et après les opérations susceptibles de remuer les sédiments ou de modifier le fond. Adapter la fréquence aux risques et aux conditions météo-marines plutôt qu’à un calendrier arbitraire.
- 05 5. Comparer, valider et décider
Analyser les écarts par rapport à l’état initial et aux zones témoins. En cas de signal préoccupant, confirmer le constat avec des mesures complémentaires, puis ajuster si nécessaire les méthodes, le phasage ou les protections du chantier.
- 06 6. Prolonger le contrôle après réception
Poursuivre les campagnes sur plusieurs périodes pertinentes pour le milieu. Certains effets sont immédiats, tandis que la stabilisation des sédiments, la recolonisation biologique ou l’évolution d’un affouillement peuvent demander davantage de temps.
La reproductibilité, condition d’une comparaison honnête
Dans la mesure du possible, les campagnes doivent avoir lieu dans des conditions proches : même saison, fenêtre de marée comparable, matériel calibré, protocole de prise d’images identique. Il faut aussi consigner la météo, l’état de mer, la visibilité, le courant, le nom de l’opérateur et toute modification du matériel. Ces éléments expliquent parfois davantage une différence d’image que l’évolution réelle du fond marin.
De la captation à la preuve : traiter correctement les données
Un chantier peut produire des heures de vidéo, des milliers de photos et de nombreux relevés de sondes. Sans organisation, cette abondance devient un risque : fichiers éparpillés, images impossibles à localiser, comparaisons subjectives ou résultats non vérifiables. Un plan de gestion des données doit être prévu dès la préparation de la mission.
- Attribuer un identifiant unique à chaque mission, transect, image, vidéo et mesure de capteur.
- Conserver les fichiers bruts, puis créer des copies de travail pour l’analyse et les exports de rapport.
- Géoréférencer les observations lorsque la précision de positionnement le permet, en indiquant clairement l’incertitude.
- Établir une grille d’annotation : type de substrat, couverture végétale, organismes visibles, déchets, traces d’érosion, dépôt de particules ou défauts de l’ouvrage.
- Faire vérifier les identifications biologiques sensibles par des personnes compétentes ; une image ne suffit pas toujours à identifier une espèce.
- Produire des cartes et séries temporelles qui distinguent les observations certaines, les hypothèses et les zones non observables.
L’intelligence artificielle peut accélérer le tri des images, détecter des formes répétitives ou repérer des changements apparents. Elle reste toutefois un outil d’aide. Les modèles peuvent confondre ombres, sédiments, algues, roches et organismes, surtout dans une eau trouble ou sous un éclairage hétérogène. Toute détection ayant une conséquence environnementale ou opérationnelle doit être contrôlée par un spécialiste et confrontée aux autres mesures.
Réduire les risques techniques, écologiques et réglementaires
Un drone sous-marin limite certains risques liés à la plongée humaine, mais il introduit ses propres contraintes. Le câble d’un ROV peut s’accrocher aux enrochements ; les moteurs peuvent soulever du sédiment ; une mauvaise manœuvre peut endommager un habitat fragile ou l’ouvrage lui-même. Les conditions de courant, de houle, de visibilité et de trafic maritime déterminent souvent la réussite d’une mission plus que la fiche technique de l’appareil.
Les erreurs les plus fréquentes
- Déployer le drone après le début du chantier, sans données de référence antérieures.
- Filmer uniquement au pied de la digue et oublier les secteurs voisins ou les zones témoins.
- Confondre une inspection structurelle de l’ouvrage avec une expertise écologique complète.
- Survoler trop près du fond, ce qui remet les sédiments en suspension et dégrade les images.
- Négliger la sécurité nautique, les autorisations locales, les restrictions d’accès et la coordination avec les autres usagers de la mer.
- Tirer des conclusions définitives à partir d’une seule campagne réalisée dans des conditions inhabituelles.
Avant une opération, il convient de vérifier les règles applicables dans la zone concernée : autorisations de travaux et d’accès, prescriptions environnementales, police de la navigation, éventuels périmètres portuaires, aires marines protégées, zones de défense ou restrictions temporaires. Les prélèvements, l’approche d’espèces protégées et la diffusion d’images peuvent aussi être encadrés. Les obligations varient selon le pays, le site et la nature du projet : elles doivent être confirmées auprès des autorités et gestionnaires compétents.
Faire du drone un outil de décision, pas un simple outil d’image
Utilisé avec méthode, le drone sous-marin donne aux équipes un regard régulier sur ce qui se passe sous la ligne d’eau : évolution d’un panache sédimentaire, stabilité d’un enrochement, qualité apparente d’un habitat ou présence d’une zone à investiguer. Son apport majeur est la répétition : repasser au même endroit, avec les mêmes paramètres, et transformer des impressions visuelles en éléments comparables.
Il ne doit toutefois ni isoler les ingénieurs des écologues, ni remplacer les prélèvements, les inventaires de terrain ou l’expertise locale lorsque ceux-ci sont nécessaires. Le suivi le plus solide combine images, mesures physiques, connaissance naturaliste et transparence sur les limites des données. C’est cette approche croisée qui permet de protéger efficacement le littoral tout en mesurant honnêtement les effets de l’infrastructure qui le protège.
Questions fréquentes
Un drone sous-marin peut-il remplacer les plongeurs scientifiques ?+
Non, mais il peut réduire le nombre de plongées nécessaires et sécuriser l’observation de zones difficiles. Il est très efficace pour répéter des transects, inspecter un ouvrage ou acquérir des images. Les plongeurs et écologues restent utiles pour les identifications fines, certains prélèvements, la validation des images et les observations nécessitant une intervention au contact du milieu.
À quel moment faut-il commencer le suivi environnemental d’une digue ?+
Le plus tôt possible, idéalement avant la phase de conception détaillée ou, au minimum, avant tout début de travaux. Un état initial permet de cartographier les habitats, de fixer les zones témoins et de connaître la variabilité naturelle du site. Sans ce point de départ, attribuer une évolution à la digue devient beaucoup plus incertain.
Quels paramètres un ROV doit-il mesurer autour d’un chantier côtier ?+
Cela dépend des risques du projet, mais la vidéo ou la photographie géolocalisée, la profondeur et la turbidité constituent souvent une base utile. Température, salinité, données de courant, sonar et relevés bathymétriques peuvent compléter l’analyse. Pour les enjeux biologiques, un protocole d’observation des habitats et des espèces doit être défini avec des spécialistes.
Pourquoi prévoir des zones témoins éloignées de la digue ?+
Les milieux marins évoluent naturellement avec les saisons, la météo, les marées et les apports continentaux. Une zone témoin présentant des caractéristiques proches, mais moins influencée par les travaux, aide à séparer une évolution générale du milieu d’un effet probablement lié au chantier. Elle ne doit pas être choisie au hasard : substrat, profondeur et exposition doivent être comparables.
Les images prises par un drone suffisent-elles à prouver un impact écologique ?+
Elles peuvent révéler un changement, comme un dépôt de sédiments ou la dégradation visible d’un habitat, mais elles ne prouvent pas toujours à elles seules sa cause ni son ampleur. Il faut les relier à des données de position, de profondeur, de qualité de l’eau et à des relevés répétés. Une expertise écologique est nécessaire pour interpréter les résultats avec prudence.
Faut-il une autorisation pour utiliser un drone sous-marin ?+
Les règles dépendent du lieu et du type d’opération. Même si l’appareil évolue sous l’eau, son déploiement depuis un navire ou le littoral peut être soumis à des règles de navigation, d’accès, de sécurité portuaire ou de protection de l’environnement. Un projet mené dans une zone réglementée, protégée ou active doit être vérifié en amont auprès des autorités et gestionnaires concernés.